When the plague decimated Siberian hunter-gatherers
Published Not supplied · Discovered 9 Oct, 15:31 UTC · Original language: fr · Version 3
Le mystérieux cas de peste possiblement survenu près d’Irkoutsk la semaine dernière nous rappelle que cette maladie frappe la région depuis plus de 5 000 ans.
La peste est le genre de maladie qui évoque immédiatement fascination et terreur, y compris chez les profanes. Elle nous renvoie immédiatement l’image de villes vidées de leurs populations par des épidémies fulgurantes, comme lors de la grande épidémie de peste bubonique survenue au milieu du XIVème siècle (la fameuse Peste noire), qui aurait tué entre 30 et 50 % des Européens en seulement cinq ans.
La survenue d’un possible cas de peste en Sibérie la semaine dernière a donc rapidement stimulé les imaginations. Daria Chipilova, une jeune femme travaillant dans un laboratoire spécialisé dans l’étude de la peste à Irkoutsk près du lac Baikal, est décédée vendredi dernier. Même si les autorités russes nient que la jeune femme ait été emportée par la peste, préférant parler d’une « pneumonie d’étiologie inconnue », plusieurs sources laissent penser que la laborantine est bel et bien morte de la peste pulmonaire, la forme la plus virulente de la maladie.
Il y a plus de 5 000 ans, sur les rives du lac Baïkal
Une ténébreuse affaire qui nous rappelle que Yersinia pestis, circule dans les environs du lac Baïkal depuis plusieurs milliers d’années. En juin dernier, soit quatre mois avant la mort de Daria Chipilova, une équipe de scientifiques de l’université de Copenhague a ainsi publié dans la revue Nature une passionnante étude sur les traces d’une épidémie de peste survenue chez des chasseurs-cueilleurs du lac Baïkal durant le Néolithique, il y a 5 500 ans.
Les chercheurs danois ont analysé des squelettes appartenant à des tribus de chasseurs-cueilleurs retrouvés dans quatre cimetières aux alentours du lac Baïkal, non loin donc de l’endroit où une épidémie de peste est actuellement suspectée. Sur 48 individus, les chercheurs ont retrouvé des traces génétiques de Yersinia pestis chez 18 d’entre eux. Une découverte majeure, puisqu’elle établit, contrairement à certaines hypothèses, qu’il n’a pas fallu attendre le développement de l’agriculture et des premières communautés sédentaires pour que la peste se répande : les groupes de chasseurs-cueilleurs pouvaient également être décimés par la maladie.
Décimé, le terme est adéquat. Les chercheurs ont en effet pu établir que certains individus étaient morts dans un laps de temps très rapproché, notamment en observant que les tombes n’ont pas été rouvertes et refermées (ce qui laisse penser qu’il y a eu des enterrements collectifs), « ce qui est cohérent avec un évènement à la mortalité catastrophique » commentent les chercheurs. L’épidémie de peste survenue en Sibérie il y a 5 500 ans a affecté des familles entières, les chercheurs ayant pu établir que les victimes de la peste étaient souvent affiliées génétiquement. Une tombe contenait notamment trois petites filles, âgées de 4 à 9 ans, toutes mortes dans un laps de temps court et semble-t-il cousines.
Une mortalité élevée chez les enfants
Les chercheurs ont d’ailleurs observé que la mortalité liée à la peste semblait particulièrement élevée chez les enfants, notamment entre 8 et 11 ans, tandis qu’aucun mort de la peste n’avait plus de 25 ans. Les chercheurs évoquent plusieurs explications possibles : les adultes pouvaient être immunisés par une précédente épidémie, les enfants pouvaient être plus proches des marmottes, qui sont les animaux hôtes de Yersinia pestis en Sibérie ou tout simplement les enfants pouvaient être plus vulnérables à la bactérie.
D’un point de vue bactériologique, la Yersinia pestis retrouvée sur ces squelettes sibériens diffère du microorganisme actuel et de celle qui a provoqué la grande épidémie du Moyen Âge par l’absence du gène ymt (Yersinia murine toxin). C’est ce gène qui permet à la bactérie de survivre dans la puce et favorise ainsi la peste bubonique, ce qui a grandement augmenté la transmission de la maladie au cours des siècles. Les chercheurs en concluent que ces chasseurs-cueilleurs ont d’abord été contaminés au contact de marmottes, puis se sont transmis la bactérie entre eux par aérosols. Ils ont donc été décimés par la peste pulmonaire et non par la peste bubonique.
La même peste pulmonaire qui aurait donc terrassé Daria Chipilova plus de 5 500 ans plus tard, à quelques dizaines de kilomètres seulement de là où sont enterrés ces infortunés chasseurs-cueilleurs sibériens.
Suivez JIM sur Linkedin, X, Facebook, BlueskyInscrivez-vous aux newsletters de JIM : sélectionnez vos choix
Les opinions exprimées ci-dessus sont celles de l'auteur et ne reflètent pas nécessairement celles du JIM ou du Medscape Professional Network.
Full text reproduced from jim.fr (publisher page, rights-checked under syndication).
View original at jim.frAbout this report
Original title: Quand la peste décimait les chasseurs-cueilleurs de Sibérie
Headline automatically translated into English. Machine translation can contain errors; refer to the original reporting.